Hier matin j’ai grimpé dans la voiture de Javier, promesse d’un bon week-end où se profile l’occasion d’échapper un instant à la monotonie de Monterrey. Nous filons donc, Javier, Florian un ami français fraîchement débarqué sur le sol mexicain, et moi vers la ville de Saltillo a environ une heure de là. La journée s’annonce, comme toujours, étouffante. L’idée de passer un petit week-end dans la famille de Javier et d’avoir l’occasion, une nouvelle fois, de découvrir de nouveaux aspects de la culture mexicaine me ravie. Je tente donc d’oublier le sommeil qui se fait sentir (et oui, un lever à 9h du matin un samedi, on a beau s’être préparée à cette idée, c’est toujours difficile…) et je me mets à chanter au rythme de la salsa qui passe à la radio…
Enfin nous arrivons à Saltillo. Après avoir rencontré la mère de Javier, nous filons découvrir le musée du désert ainsi que le centre de la ville où une fête spéciale a lieu pour la commémoration de la création de la ville. Sur le Musée du désert, rien à dire… Nous y sommes allés pour Florian car en réalité je l’avais déjà visité auparavant. En gros des squelettes de dinosaures dont je ne sais pas quel pourcentage est en véritables ossements, des animaux empaillés, des fossiles par centaines, et également un petit zoo à la sortie (partie la plus sympathique mais aussi la plus courte car il ne nous restait plus de temps)… En ce qui concerne la fête de la ville, c’était plutôt intéressant. Il y avait une grande fête religieuse dans et aux alentours de la cathédrale. L’édifice débordait de monde et sur la place des groupes de danseurs traditionnels s’évertuaient à glorifier Dieu. Leurs vêtements, tous plus colorés les uns que les autres, étaient parsemés de clochettes qui tintaient au rythme de leur pas. Certains étaient de tout jeunes enfants, et chacun portait un chapeau traditionnel pleins de plume et assorti á sa tunique. Dans chaque groupe il y avait un adolescent qui semblait être le chef et donner le rythme aux autres. Quand vous entriez dans la cathédrale, le bruit des pas des danseurs se répercutait sur tous les murs et semblait cadencer la prière des fidèles. Au fond du chœur se dresse fièrement le christ en croix, symbole de la création de la ville. D’aucun disent qu’un jour, un âne serait arrivé au centre de la ville, totalement seul, avec pour fardeau cette grande croix de bois. Il se serait dirigé dans les rues pour aller déposer son crucifix à l’emplacement de l’actuelle cathédrale… La légende est née et ce christ en croix est devenu un symbole essentiel pour tous les croyants de la ville. Dans les rues bordant la cathédrale les visiteurs se bousculaient au milieu des étales de brioches et de gâteaux mexicains. Les stands de jeux pour enfants et de divers bonbons regroupaient la jeune classe, tandis que leurs parents se rencontraient et discutaient tout en dégustant un de ces délicieux Tacos garnis de viande et de sauce bien pimentée, le sourire aux lèvres et la joie au cœur… Ainsi se présentent les fêtes religieuses dans ce pays, toujours d’une importance capitale étant donné le degré de religiosité de la population mexicaine.
Nous avons donc quittés ces rues animées pour revenir á la maison familiale à l’heure de «la comida ». Là, quatre couverts sont installés. Un pour le père, un pour son fils, et deux pour les français ! La maîtresse de maison nous apporte une soupe de tortillas délicieusement pimentée, suivie d’un plat typique de la ville de Puebla : le « chile relleno a la pueblana ». Il s’agit en fait d’un gros piment vert, farcit d’un mélange de fruits et de viande hachée, recouvert d’une sauce aux noix et de graines de grenades. Le mélange, quoi que surprenant, était vraiment réussit, et mon éducation irréprochable de jeune fille de bonne famille m’aurait bien fait finir mon assiette, malgré la grande quantité servie, si au bout de quatre grosse bouchées le piment ne m’avaient fait venir les larmes aux yeux… Il faut savoir que deux piments ne piquent jamais de la même manière et avant d’y avoir goûté, nous ne pouvons savoir si notre pauvre estomac de français délicat pourra le supporter ou non. Me voici donc essuyant la perle de sueur qui apparaissait sur le haut de mon front lorsque j’engouffrais une autre bouchée. Vous l’aurez deviné, même avec toute la bonne volonté et la sincère admiration que j’avais pour la confection de ce plat si complexe, je n’ai pas pu finir mon plat en totalité… d’autant plus que le dessert « kloug » me regarde du coin de l’œil et que je sais qu’il va falloir aussi que je lui trouve une petite place… Comment décrire le plat qui a suivit… Ce que j’ai pu en voir était une tranche de pain imbibée de sucre et de miel, recouverte de fromage fondu lui-même parsemé de raisins sec, noix, noisettes, et autres fruits secs. Dessert typiquement mexicain normalement réservé pour la semaine sainte (semaine précédent la fête de Pâques) et qui ne demande pas moins de deux jours entiers de préparation ! Un festin, quelque peu surprenant, mais préparé avec beaucoup de dévouement par la mère de famille…
Voilà le tableau de ce repas familial et convivial mexicain… Rien ne vous choque ? Vous ne remarquez rien qui vous fait hurler d’envie ou de désespoir ? Et bien relisez du début !!! Vous avez dû rater quelque chose et je vous prierais d’accorder un peu plus d’attention à mon récit par la suite !!!
Je vous le donne en plein dans le mil : durant tout le repas, la femme se tient debout au service de chacun et ne s’octroi pas le droit de manger à nos côté… Son unique souci est de satisfaire à chacun de nos besoins avant même qu’il ne nous vienne à l’esprit… Elle ne se permettra de manger qu’une fois notre table débarrassée et la vaisselle faite (sans lave-vaisselle bien entendu…). Et voila encore une marque étonnante de la différence de culture et du caractère exceptionnellement machiste de la population mexicaine. Pour eux rien de choquant à cela, et je comprends alors mieux pourquoi les jeunes restent vivre indéfiniment chez leurs parents ou font en sorte de rentrer chaque week-end pour bénéficier encore et toujours des petits soins de leur maman avant de les échanger contre ceux d’une épouse…
Je reviens à notre fameux repas où la gêne que j’éprouvais à me faire ainsi servir se faisait ressentir par un peu trop de silence…
Après une bonne sieste qui m’a permit non seulement de dormir mais aussi d’améliorer considérablement mon temps de réalisation du rubick’s cube (je me la pette un peu ça ne fait pas de mal !), nous sommes partis nous promener dans la ville. Plus tard, nous avons décidé de nous arrêter pour diner dans un restaurant style country, et j’ai vite opté pour de délicieux tacos de crevettes au fromage. Je croquais avec bonheur dans ma première tortilla et en engouffrais la moitié quand Javier remarqua un énorme insecte qui se baladait tranquillement au milieu de mes tacos… C’est là que tout commence… A la poursuite d’un diner gratuit, Javier commence à faire toute une histoire pour ce pauvre animal et explique à quel point la française que je suis est traumatisée par ce manque d’hygiène et que nous méritons un effort de la part de la direction pour nous faire oublier l’incident. Le directeur mis au courant nous présente ses excuses tout en me proposant un nouveau plat. Javier prend alors la parole en disant que je refuse de manger quoi que ce soit et qu’il pourrait au moins nous offrir nos boissons. Avant d’avoir pu dire quoi que ce soit je vois donc mon assiette de délicieux tacos se volatiliser tout en entendant le directeur répondre que mon plat ne sera pas compté dans la note mais qu’il ne peux pas nous offrir mieux étant donnée que sa cuisine est d’une qualité irréprochable et que cet insecte s’est retrouvé dans mon assiette bien plus tard en sortant de la cuisine comme il y en a beaucoup dans le pays… Je regarde donc Javier, un peu déçu d’avoir raté sa négociation, engouffrer ses propres tacos sans même m’en offrir un seul, alors que je me retrouve face au bois de la table, sans rien à me mettre sous la dent, et avec en plus la sensation d’être une petite française capricieuse et précieuse ! Je n’en reviens pas du toupet de mon ami mexicain qui ne se rend même pas compte qu’il vient de m’enlever toute possibilité d’apprécier ce bon repas tout en engouffrant lui-même l’ultime morceau de crevette… Bien sûr, ceux qui connaissent mon amour pour la cuisine peuvent imaginer mon énervement à ce moment précis… Et c’est ce moment là que choisit Javier pour nous présenter un de ces amis…
Juan entre donc en scène, et après les présentations d’usage, la conversation dérive rapidement sur ses prochaines vacances dans un hôtel de luxe à Cancun… Me sentant déjà bien motivée par le diner manqué, je me lance dans une conversation animée tentant de lui faire entendre l’inutilité de vacances aussi luxueuses, et la richesse contradictoire d’une semaine à la découverte des vrais trésors de son pays, à travers la jungle et les montagnes. Vantant du mieux que possible les qualités des auberges de jeunesses, les rencontres passionnantes que l’on y fait et l’ambiance qui y règne je me retrouve plongée moi-même dans les souvenirs impérissables de mes propres voyages… Cependant, Juan me fait comprendre qu’une fois dans sa vie il s’est aventuré à dormir dans un hôtel de ce genre et que vraiment ce n’était pas fait pour lui… J’ai finit par avoir presque pitié pour ce garçon riche et dépensier, dont les parents ne lui refusent aucun caprice et mon degré d’énervement à subtilement augmenté d’un cran…
La soirée se poursuit lorsque Javier, Florian et moi nous nous retrouvons dans la file d’attente d’une boîte de nuit branchée de la ville… Et nous attendons… si longtemps à mon goût que je me trouve soudain affreuse et me dit que ma récente 25° bougie m’a enlevé tout ce qui restait de mon pouvoir de jeune française au Mexique ! Et mon degré d’énervement est monté encore subtilement d’un petit cran…
Finalement nous sommes entrés dans le « Bar Rio ». Surement beaucoup trop tôt car la lumière est un peu trop forte, la salle un peu trop froide et un peu trop vide, et les gens beaucoup trop calmes… Personne ne danse… Il faut que je me détende, je suis là pour passer une bonne soirée donc il faut que je boive. Nous ne disposons pas de table car nous n’avons pas réservé. Il nous faut donc 1h pour qu’un serveur accepte de nous apporter une bouteille de vodka sur la table d’un groupe de « connaissances » de Javier qui ne nous ont même pas adressé la parole ni à Florian ni à moi… Je me sens une nouvelle fois moche et vieille et le degré augmente encore… Je m’enquille alors deux verres histoire de me décontracter un peu mais l’alcool ne se fait pas sentir. Au bout du troisième toujours rien et je me déclare alors qu’il est vraiment idiot de boire juste parce que je n’aime pas une soirée et que c’est vraiment une très très mauvaise raison. Je décrète donc que l’alcool c’est fait pour égailler les soirées où l’on est bien et non pour oublier une soirée désastreuse et m’arrête donc à mon troisième verre qui ne me fera jamais d’effet. A une heure du matin je commence à tâter le terrain et me rends compte que Florian à presque autant envie que moi de rentrer… Javier m’annonce qu’à une heure et demie nous partirions. Je jette alors un coup d’œil autour de moi, et je remarque avec désespoir qu’il n’y a que très peu de personnes qui daignent se balancer légèrement au rythme de la musique-soit dit en passant totalement nase- que le DJ s’évertue à faire cracher dans les baffles… le temps me paraît interminable… Sentant le départ proche je jette un regard (que je voudrais discret) à mon portable pour découvrir qu’il est !!!!! 1h04… pfff….. C’est long….
Pas l’ombre d’un plan drague, ma motivation tombe à -8 000 lorsque le DJ se met à passer de la musique Rap… Là, tous mes efforts de comédienne pour paraître enjouée sont anéantis et à 1h20 je jette un regard suppliant à Javier qui comprends enfin mon désespoir et qui accepte d’amorcer le mouvement vers la sortie… Je suis sauvée !
Une bonne nuit de sommeil et un réveil aux aurores a 9h30 pour atterrir une nouvelle fois dans la cuisine familiale. Cette fois trois assiette sont disposée pour les lève-tard avec une magnifique salade de fruits frais recouvert de yaourt, d’un coulis de miel et de noix, sur le côté une tasse de café sucré (pour ceux qui ne le savent pas, je bois mon café sans sucre… TOUJOURS sans sucre !!!), un panini au blanc de poulet et au fromage absolument à tomber par terre, et un grand verre de milk shake fait maison, à la fraise et aux noix… Honnêtement c’était un petit déjeuner royal mais dont les quantités étaient vraiment impressionnantes. Malgré mon manque de repas la veille, (grrrrrr), j’ai eu du mal à tout finir mais cette fois ma politesse a vaincu mon estomac ! Bien entendu, tout le long de ce petit déjeuner gargantuesque, la maîtresse de maison était encore une fois debout, répondant à nos moindres désirs avant même que nous ne les ayons prononcés… Quand elle s’est absentée pour aller étendre le linge, j’ai couru jusqu’à l’évier pour faire la vaisselle et m’ôter un peu de cette gêne qui s’emparait de moi, mais à peine une assiette propre, je me fais stopper par le paternel cette fois qui m’explique que le dimanche c’est à lui de la faire et que en tant qu’invitée je ne dois pas y toucher ! Sous le coup de la surprise provoquée par la surprenante initiative masculine dans les tâches ménagère, je jette l’éponge, remercie encore et encore pour l’accueil, et me dirige vers l’escalier pour aller préparer mes affaires…
Peu de temps après nous voilà dans la voiture tous les trois pour un retour plus ou moins silencieux jusqu’à Monterrey…
Est-il utile de rajouter que depuis une semaine je tente d’arrêter de fumer ?... Cela peut expliquer certaines choses….
je ferais juste remarquer ici le crispement de mes machoirs et l'aspect légèrement rouge de mes yeux créé par le manque de nicotine... photo représentative des moments de ce week-end où mes talents de comédienne de faisaient plus effet... Ceci étant un point important car sinon je suis tellement douée que rien ne se voit :D
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